Le capital mondial connaît une reconfiguration structurelle. Les investisseurs institutionnels asiatiques, les fonds souverains et les conglomérats industriels, notamment chinois, se tournent de plus en plus vers l’Afrique. Non plus simplement comme vers une frontière du risque, mais comme une terre d’opportunités, de croissance et de partenariats. Les raisons sont convaincantes.
Premièrement, la démographie et l’urbanisation. La population africaine devrait atteindre 2,5 milliards d’habitants d’ici 2050, générant une demande sans précédent en biens, services, infrastructures et emplois.
Deuxièmement, les infrastructures. Le déficit infrastructurel de l’Afrique représente d’immenses opportunités pour les entreprises d’ingénierie, d’approvisionnement et de construction (EPC), les investisseurs et les fournisseurs de technologies. Il ne s’agit pas seulement de financer des projets, mais également de transférer des technologies, de développer les compétences locales et de créer des chaînes de valeur.
Troisièmement, l’énergie et la connectivité. Une énergie fiable, des infrastructures logistiques performantes et des réseaux numériques solides sont indispensables pour libérer le potentiel des marchés régionaux africains et accélérer la transformation économique du continent.
Quatrièmement, la relocalisation industrielle et la diversification. L’Afrique peut de plus en plus devenir une plateforme de co-industrialisation, en dépassant le modèle traditionnel consistant à « investir en Afrique » pour aller vers la construction d’industries avec l’Afrique.
L’Afrique de l’Ouest est particulièrement bien positionnée. L’intégration régionale offre aux investisseurs un accès à des marchés de plus en plus interconnectés ainsi qu’à une importante demande de consommation.
Mais une question essentielle demeure : l’Afrique est-elle prête à transformer l’intérêt des investisseurs en projets bancables ?
Le défi ne consiste plus simplement à attirer les capitaux. Il porte désormais sur la bancabilité des projets, leur structuration, la maîtrise des risques et leur capacité à être effectivement exécutés. C’est sur ces différents aspects que les institutions africaines doivent relever leur niveau d’ambition : passer de la promotion des investissements à la création d’opportunités d’investissement ; de la simple présentation des opportunités à la préparation de portefeuilles de projets bancables ; de la recherche de financements à la construction de partenariats industriels de long terme.
Le Bénin est déterminé à prendre part à cette transformation.
Le récent relèvement de la notation souveraine du Bénin à Ba3 par Moody’s constitue un signal encourageant. Il reflète une trajectoire caractérisée par une croissance économique soutenue, une discipline budgétaire, une continuité institutionnelle et une stratégie proactive de financement.
De l’Eurobond à l’obligation dédiée aux Objectifs de développement durable (SDG Bond), en passant par le premier Sukuk, le Bénin a progressivement diversifié ses instruments de financement. Nous explorons également des mécanismes innovants permettant de mobiliser davantage de capitaux de long terme au service des priorités stratégiques de développement.
L’enjeu dépasse donc largement la simple attraction des investissements étrangers.
Il s’agit de construire une nouvelle architecture du partenariat économique entre l’Afrique et l’Asie, fondée sur la création de valeur partagée, le transfert de technologies, le développement des capacités industrielles, la création de valeur locale et l’engagement de long terme.
La prochaine décennie ne sera pas seulement déterminée par la destination des flux de capitaux. Elle le sera également par les endroits où ces capitaux seront capables de produire des transformations durables.
L’Afrique se positionne de plus en plus au cœur de cette nouvelle géographie mondiale du capital. Et le Bénin entend contribuer à la façonner.
Par Franck ADJAGBA, Ambassadeur Extraordinaire et Plenipotentiaire de la République du Bénin, près de la République populaire de Chine










