La Côte d’Ivoire aurait dépassé l’Indonésie pour devenir le deuxième producteur mondial de caoutchouc naturel, derrière la Thaïlande. Annoncée par Oumar N’Diaye, Directeur Exécutif du Fonds Interprofessionnel pour la Recherche et le Conseil Agricoles en Côte d’Ivoire (FIRCA), cette progression replace au centre du débat un enjeu stratégique : transformer davantage la production sur place pour créer de la valeur, des industries et des emplois.
La Côte d’Ivoire franchit une nouvelle étape dans le développement de sa filière hévéicole. Selon Oumar N’Diaye, directeur exécutif du Fonds interprofessionnel pour la recherche et le conseil agricoles (FIRCA), le pays est désormais classé deuxième producteur mondial de caoutchouc naturel.
Cette performance permettrait à la Côte d’Ivoire de devancer l’Indonésie et de se positionner juste derrière la Thaïlande.

« J’ai eu le privilège d’annoncer que la Côte d’Ivoire est officiellement déclarée comme le deuxième pays producteur mondial de caoutchouc, détrônant ainsi l’Indonésie et nous plaçant juste derrière la Thaïlande, qui est première », a-t-il déclaré au micro de nos confrères de Business24africa.
Selon le dirigeant, les chiffres étaient disponibles depuis le début de l’année, mais leur publication nécessitait la consolidation des rapports des différents pays producteurs. Il affirme que le nouveau classement a été confirmé en Thaïlande au cours de la semaine précédant son intervention.
De la septième à la deuxième place en dix ans
La progression est particulièrement importante au regard du chemin parcouru. D’après Oumar N’Diaye, la Côte d’Ivoire occupait encore la septième place mondiale il y a une dizaine d’années, derrière plusieurs grands producteurs asiatiques.
« Il y a dix ans, nous étions le septième pays producteur, derrière des pays comme le Vietnam, l’Inde, la Chine, l’Indonésie et la Thaïlande. C’est une progression importante et cela dénote le dynamisme du secteur hévéicole en Côte d’Ivoire », a-t-il expliqué.
La Côte d’Ivoire était déjà reconnue comme le premier producteur africain et le troisième producteur mondial. En 2023, sa production avait atteint 1,678 million de tonnes, contre 164 138 tonnes en 2005, selon les données publiées par le gouvernement ivoirien.
Cette croissance rapide a progressivement rapproché le pays des principaux producteurs mondiaux, dans un contexte marqué par le recul de la production en Indonésie.
Moins de producteurs, mais une production en forte croissance
Pour Oumar N’Diaye, la performance ivoirienne est d’autant plus significative qu’elle repose sur un nombre de producteurs inférieur à celui enregistré dans plusieurs pays concurrents.
La Côte d’Ivoire compterait moins de 200 000 producteurs d’hévéa, alors que l’Indonésie en totaliserait plus d’un million.
« L’Indonésie a presque plus d’un million de producteurs d’hévéa et produisait à l’époque plus de trois millions de tonnes de caoutchouc. Aujourd’hui, la Côte d’Ivoire est devant ces pays. C’est une prouesse importante », a-t-il affirmé.
Cette évolution traduit notamment l’expansion des plantations, l’amélioration de la productivité et la structuration progressive de la filière ivoirienne.
Elle montre aussi le poids croissant du caoutchouc dans les exportations agricoles du pays, longtemps dominées par le cacao et le café.
Le nouveau défi : transformer le caoutchouc en Côte d’Ivoire
Pour le directeur exécutif du FIRCA, l’accession au deuxième rang mondial ne doit pas conduire le pays à rechercher uniquement une augmentation continue des volumes.
La priorité doit désormais être accordée à la transformation locale du caoutchouc naturel.
« Il ne faut pas forcément courir derrière les chiffres de production. Il faut penser maintenant à la transformation locale, parce que le caoutchouc naturel a plus de 3 000 usages possibles dans la vie courante », a-t-il souligné.
Le caoutchouc naturel intervient notamment dans la fabrication de pneus, de gants et équipements médicaux, de pièces automobiles, de joints industriels, de matériaux d’isolation et de nombreux équipements utilisés dans les travaux publics.
En développant ces activités de transformation, la Côte d’Ivoire pourrait conserver une plus grande part de la valeur générée par sa production, réduire les exportations de matières peu transformées et créer de nouveaux emplois industriels.
Une opportunité pour les entreprises et les investisseurs
L’industrialisation de la filière pourrait ouvrir de nouveaux marchés aux entreprises actives dans la transformation, la fabrication de pièces techniques, l’automobile, la santé, la logistique, l’énergie et les travaux publics.
Elle pourrait également attirer des investisseurs spécialisés dans la deuxième transformation, encore insuffisamment développée dans le pays.
En 2025, les autorités ivoiriennes indiquaient que la filière avait injecté plus de 1 200 milliards de FCFA dans l’économie nationale en 2023. Le gouvernement présentait déjà la fabrication locale de pneus et de pièces techniques comme l’un des principaux défis du secteur.
« Il faut que cette industrie se développe et que nous arrivions déjà à transformer ce que nous produisons, sans forcément chercher à produire plus, au risque de désorganiser le marché », a insisté Oumar N’Diaye.
Cette prudence renvoie à la nécessité de maintenir un équilibre entre l’offre, la demande, les capacités industrielles et les revenus des producteurs.
Un classement annoncé, en attente de publication consolidée
L’annonce marque une évolution importante par rapport aux données publiques disponibles au premier semestre 2026, qui plaçaient encore la Côte d’Ivoire au troisième rang mondial, derrière la Thaïlande et l’Indonésie.
L’Association des pays producteurs de caoutchouc naturel prévoyait notamment une poursuite du recul de la production indonésienne. Cette baisse, combinée à la croissance ivoirienne, rend crédible un changement de classement.
La publication du tableau mondial consolidé permettra toutefois de préciser les volumes retenus pour chaque pays et de confirmer définitivement la nouvelle position annoncée par le directeur exécutif du FIRCA.
Au-delà du rang obtenu, l’enjeu principal sera désormais de convertir la puissance agricole de la Côte d’Ivoire en capacité industrielle. La production crée le volume ; la transformation locale, elle, crée davantage de valeur, de compétences et d’emplois.










