Après avoir conduit plusieurs chantiers dans la formation professionnelle, l’enseignement supérieur puis l’Éducation nationale, Alpha Bacar Barry prend les commandes du ministère de l’Élevage. Sa réputation de réformateur nourrit de fortes attentes dans un secteur essentiel à la souveraineté alimentaire, mais encore insuffisamment structuré et valorisé.
Le 29 juillet 2026, Alpha Bacar Barry a officiellement pris ses fonctions de ministre de l’Élevage, en remplacement de Félix Lamah, nommé à l’Agriculture. Ce transfert peut sembler éloigné de son parcours dans l’éducation. Il lui confie pourtant un département au cœur de plusieurs enjeux économiques dont la production de viande et de lait, l’aviculture, la santé animale, les emplois ruraux et la réduction des importations alimentaires.
À son installation, le nouveau ministre a annoncé vouloir faire de l’élevage un levier de souveraineté alimentaire, de croissance et d’amélioration des conditions de vie des éleveurs. Ses premières priorités portent sur la modernisation des systèmes de production, le renforcement des filières animales et le développement des chaînes de valeur.
De l’entrepreneuriat à la conduite des politiques publiques
Né en 1980 à Conakry, Alpha Bacar Barry est issu d’une famille composée d’une mère enseignante et d’un père ancien officier de l’armée de l’air.
Avant son entrée au gouvernement, il a travaillé dans la communication, la coopération internationale et le conseil en développement. Il est notamment présenté comme ancien consultant de l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel. Son parcours comprend également une expérience entrepreneuriale dans la microfinance, l’accompagnement entrepreneurial et l’agrobusiness, à travers des structures créées à son actif et sous les noms de Jatropha Microfinance, Be thé change Academy et Aoudy.
Alpha Bacar Barry entre au gouvernement le 27 octobre 2021 comme ministre de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle. Son portefeuille est ensuite élargi à l’Emploi. En mars 2024, il est nommé ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l’Innovation. Il prend, en février 2026, la direction du ministère réunissant l’Éducation nationale, l’Alphabétisation, l’Enseignement technique et la Formation professionnelle, avant d’être affecté à l’Élevage en juillet.
Cette continuité gouvernementale a progressivement construit son image de responsable chargé des départements nécessitant une remise en ordre, une modernisation des procédures et une accélération des projets.
ParcoursPro, concours numériques et infrastructures professionnelles
Son premier passage à l’Enseignement technique reste associé à la digitalisation de l’accès aux établissements professionnels. La plateforme ParcoursPro a été mise en place pour gérer les inscriptions, les concours, l’orientation et la publication des résultats. Elle demeure opérationnelle et publiait encore les résultats des admissions en 2025, ce qui permet de considérer cette réforme comme un dispositif effectivement déployé, et non comme une simple annonce.
Le ministère a également introduit des épreuves sous forme de questionnaires à choix multiples sur tablette. Cette modalité était encore officiellement utilisée, en décembre 2024, pour le concours d’entrée dans les écoles professionnelles de santé. Elle visait à limiter les manipulations, accélérer les corrections et améliorer la traçabilité des résultats.
Le passage d’Alpha Bacar Barry a aussi été marqué par l’ouverture de nouvelles infrastructures. L’École régionale des arts et métiers de Dabola a été inaugurée en novembre 2023. Construite sur plus de 47.000 mètres carrés, elle dispose de 64 salles de classe, de 15 ateliers et d’une capacité annoncée de 1 920 apprenants.
Un FabLab équipé par la Fondation Orange Guinée a également été inauguré à l’École nationale des postes et télécommunications. Des salles informatiques ont parallèlement été aménagées au Centre de formation professionnelle Camara Laye.
D’autres mesures, comme l’instauration de bourses d’entretien pour certains apprenants ou la rénovation de plusieurs établissements, sont régulièrement associées à son bilan. Sans oublier Les Olympiades des Métiers, un concours national entre les différentes écoles des métiers sous sa tutelle et qui a permis de révéler plusieurs talents prometteurs.
À l’université, la réforme par les plateformes et les institutions
À l’Enseignement supérieur, Alpha Bacar Barry a prolongé cette approche fondée sur les outils numériques, les infrastructures scientifiques et la professionnalisation des cursus.
En février 2025, le gouvernement a lancé la Plateforme unique de documentation, PLUDOC. Le dispositif annonce un accès à plus de deux millions de ressources numériques provenant notamment de Cairn.info et de ScholarVox.
Son mandat a également vu la mise en place de l’Institut ouest-africain de mathématiques à l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry. Une cohorte pilote de 45 étudiants guinéens et étrangers avait commencé les cours fin 2025, avant l’inauguration de l’établissement en janvier 2026.
Sur le plan académique, la Guinée a présenté 75 candidats à la 47e session des Comités consultatifs interafricains du CAMES en juillet 2025. Cinquante-neuf ont été admis, soit un taux de réussite de 78,67 %, selon le ministère de l’Enseignement supérieur.
La réforme des masters, l’ouverture annoncée de 2.400 places, la réorganisation des écoles doctorales et la mise à disposition de 2000 ordinateurs aux enseignants-chercheurs faisaient également partie des chantiers engagés à la fin de son mandat.
Un passage trop court à l’Éducation nationale pour établir un bilan structurel
Son séjour à la tête du département élargi de l’Éducation nationale n’a duré qu’environ cinq mois. Il y a défendu le dialogue social avec les syndicats, la crédibilité des examens, la digitalisation, la formation des enseignants et le développement des cantines scolaires.
La session 2026 du baccalauréat, qui comptait 94.392 candidats, a été placée sous le mot d’ordre de « tolérance zéro » contre la fraude. Il est l’architecte, pour une première en Guinée, d’une session de rattrapage pour les candidats du baccalauréat n’ayant pas obtenu la note requise.
L’élevage, un potentiel économique encore peu visible
Le nouveau portefeuille place désormais le ministre face à une économie largement rurale, dispersée et peu industrialisée. D’après l’Agence de promotion des investissements privés, la Guinée compterait environ 7,9 millions de bovins, 2,8 millions d’ovins et 3,4 millions de caprins, pour quelque 2,7 millions d’hectares présentant un potentiel pour l’élevage, selon les statistiques fournies par l’Agence de Promotion des Investissements Privés (APIP-Guinée).
Malgré ce cheptel, le pays continue d’importer une partie de ses besoins. Entre 2020 et 2024, la Guinée a acheté à l’étranger, en moyenne, 9373 tonnes de produits laitiers par an, comprenant notamment du lait cru, du lait entier, du beurre et des yaourts. D’après les données compilées par la FAO, ces importations ont coûté au pays près de 20,66 millions de dollars par an sur la période.
Toujours selon les données compilées par la FAO, les importations guinéennes de viande de poulet ont progressé de 54,3 % entre 2020 et 2024, passant de 57 421 à 88590 tonnes. La facture correspondante aurait dépassé 100 millions de dollars en 2024.
Le contraste explique pourquoi ce département est stratégique mais demeure « invisible ». Une grande partie de l’activité se déroule dans des exploitations familiales, éloignées des systèmes bancaires, statistiques et industriels. La valeur économique existe, mais elle est rarement captée par des unités modernes de collecte, de transformation et de distribution.
Quelques grands chantiers qui attendent le nouveau ministre
Le premier défi sera celui de la donnée. La Guinée a besoin d’un recensement régulièrement actualisé du cheptel, des éleveurs, des zones pastorales et des capacités de production. Sans statistiques fiables, il est difficile de dimensionner les campagnes de vaccination, les infrastructures ou les politiques d’investissement.
La santé animale constitue le deuxième chantier. Le renforcement du réseau vétérinaire, de la surveillance épidémiologique, des laboratoires et des campagnes de vaccination conditionnera la productivité du cheptel et l’accès aux marchés. Le ministère a déjà lancé, en août 2026, une campagne nationale contre la péripneumonie contagieuse bovine.
Le troisième enjeu concerne l’alimentation animale, l’eau et la sécurisation des espaces pastoraux. Le développement des cultures fourragères, des points d’eau et des couloirs de transhumance pourrait améliorer les rendements tout en réduisant les conflits entre agriculteurs et éleveurs.
Vient ensuite la transformation. La Guinée devra investir dans les abattoirs respectant les normes sanitaires, les centres de collecte de lait, les unités de transformation, la chaîne du froid et les marchés à bétail. L’objectif n’est plus seulement de compter les animaux, mais de transformer le cheptel en viande, lait, cuir, emplois et revenus. Une opération “visite des abattoirs” a démarré le jeudi 20 août dans quelques abattoirs de la capitale guinéenne, avec un constat alarmant en terme de conformité et de vétusté des infrastructures.
L’aviculture représente également un chantier prioritaire. Le programme AgriConnect lancé par la Guinée et le Groupe de la Banque mondiale identifie la volaille, ainsi que le maïs et le soja nécessaires à son alimentation, parmi les filières pouvant réduire la dépendance du pays aux importations.
Une réputation à convertir en résultats ruraux
La nomination d’Alpha Bacar Barry a suscité des réactions favorables dans une partie de la presse et de l’opinion, où son nom reste associé aux plateformes numériques, aux infrastructures professionnelles et aux projets scientifiques engagés dans ses précédents départements.
Cette perception ne constitue cependant ni un plébiscite mesuré ni une garantie de réussite. Transformer l’élevage sera probablement plus complexe que digitaliser une procédure administrative. Le secteur implique des milliers de producteurs, des réalités territoriales différentes et des investissements lourds dans la santé, la logistique et l’industrie.
Le ministre arrive donc avec un capital de confiance, mais aussi avec une obligation de résultats. À l’Élevage, sa réputation de réformateur sera jugée moins sur les annonces que sur sa capacité à faire entrer une activité encore largement informelle dans une véritable économie de production, de transformation et de création de valeur.
C’est précisément ce qui rend sa nouvelle mission décisive. Alpha Bacar Barry arrive dans un ministère moins exposé médiatiquement que l’Éducation, mais dont les résultats peuvent agir directement sur les prix alimentaires, l’emploi rural et la souveraineté économique de la Guinée.










