La mangue guinéenne traverse les frontières, notamment grâce à la Compagnie Fruitière de Daboya (CFD), une entreprise créée en 2000 et implantée à Daboya, dans la région de Kindia en Guinée. Spécialisée dans la production, le conditionnement et l’exportation de mangues fraîches (variétés Keitt, Kent et Palmer) destinées aux marchés local et international, l’entreprise dispose de ses propres vergers de manguiers, couvrant une superficie de 80 hectares de la variété Kent.
Elle exploite également des plantations de fruits de la passion (variété Ester), de papayers et de bananiers, ainsi que des pépinières de plants forestiers. Cette aventure est portée par Julien Hildenbrand, lui-même fils d’un producteur de bananes. Il découvre la Guinée pour la première fois en 2008, à l’âge de 12 ans et ressent tout de suite l’envie d’y construire un projet et de contribuer au développement du secteur agricole.
« L’activité de la Compagnie Fruitière de Daboya (CFD) dans la filière mangue repose sur deux principaux axes d’approvisionnement. Le premier est constitué d’un réseau de 44 concessions villageoises, regroupant plus de 1 000 producteurs sur une superficie d’environ 200 hectares. Le second repose sur notre propre verger de 80 hectares, exclusivement planté en manguiers de variété Kent », explique ce passionné d’agriculture qui a trouvé sa voie en Guinée.
Depuis sa création, la principale activité de la société consistait à exporter des mangues fraîches vers le marché européen. Afin de répondre aux exigences de ce marché, la CFD a obtenu plusieurs certifications portant sur les aspects sociaux, éthiques et de qualité des produits, notamment GlobalG.A.P., GRASP, Tesco Nurture, BSCI et SMETA.
Le tournant des difficultés logistiques nées de la crise sanitaire liée à la COVID-19, oblige l’entreprise à se tourner vers la transformation des fruits à plus forte valeur ajoutée et l’exportation de mangues fraîches par voie routière vers les pays de la sous-région ainsi que vers le marché marocain.
Des centaines d’emplois et une mécanique huilée
Pendant la campagne, près de 400 récolteurs, répartis en 20 équipes, interviennent dans les 44 concessions partenaires certifiées. Les récoltes sont réalisées conformément à un cahier des charges rigoureux défini, qui précise notamment les critères de maturité, de calibre, de qualité et de traçabilité afin de répondre aux exigences des marchés internationaux. À l’issue de la récolte, les producteurs sont rémunérés immédiatement sur leur exploitation par les pisteurs de la société et les mangues sont acheminées vers la station de conditionnement située à Daboya. « Chaque mangue est inspectée, triée, nettoyée, puis pesée avant d’être calibrée et conditionnée en cartons. Les cartons sont ensuite stockés en chambres froides, où les fruits sont classés par variété et par calibre afin de préserver leur qualité jusqu’à l’expédition. Enfin, les palettes sont chargées dans des camions frigorifiques assurant le maintien de la chaîne du froid jusqu’à leur destination finale. Si nous n’étions pas là pour acheter les mangues directement aux producteurs, la majorité de ces fruits ne seraient tout simplement pas consommés. Ils finiraient par tomber et pourrir au pied des arbres », explique le Directeur général de CFD.
Sur une petite saison, l’entreprise récolte environ 100 tonnes de mangues, soit près de 300 000 fruits valorisés au lieu d’être perdus, et quand c’est la grande saison d’exportation, « nous pouvons aller jusqu’à 1 500 tonnes de fruits achetées. Cela représente un volume considérable, mais surtout une source de revenus essentielle pour les producteurs, qui peuvent ainsi valoriser une part importante de leur récolte ».
Les fruits exportés répondent à des exigences particulièrement pour accéder au marché local et européen mais le véritable défi est de les conserver dans le temps, en respectant chaque jour les exigences qu’elles imposent.
Sur le plan logistique, la principale contrainte ne se situe pas entre Daboya et le port de Conakry, mais commence à partir du port de Conakry lorsqu’il s’agit d’exporter vers les marchés européens. « Depuis la crise de la COVID-19, les délais de transit maritime sont devenus beaucoup trop longs. Le port de Conakry fonctionne principalement comme un port d’importation plutôt que d’exportation, ce qui ne nous permet plus de garantir la fraîcheur de nos produits à l’arrivée. C’est pourquoi nous n’utilisons plus le transport maritime au départ de Conakry. Désormais, toutes nos exportations sont acheminées par voie routière, en passant par les frontières terrestres. En revanche, une chose ne change pas : nos mangues restent des produits 100 % guinéens. C’est une valeur à laquelle nous sommes profondément attachés. Nous voulons continuer à valoriser la production guinéenne et faire rayonner son savoir-faire sur les marchés internationaux ».
Accélérer la transformation et la conservation locales
En 2018, CFD a investi dans l’achet d’un four de séchage importé d’Afrique du Sud afin de développer la transformation locale des mangues, ce qui a permis d’augmenter progressivement ses volumes. « Aujourd’hui, nous produisons près de 4 tonnes de mangues séchées, ce qui représente plus de 60 tonnes de mangues fraîches transformées. Notre ambition est de poursuivre cette croissance, aussi bien sur les produits séchés que sur les jus de fruits. En 2026, nous avons lancé la production de jus de mangue pasteurisé, 100 % naturel, destiné au marché local. L’objectif est clair : continuer à développer la transformation locale afin de valoriser davantage la mangue et les produits guinéens, de limiter les pertes après récolte et d’offrir aux consommateurs des produits de qualité issus de notre terroir », explique le Directeur général.
Sur les différents marchés, l’entreprise note une demande en constante progression, portée notamment par les différents projets de développement et par l’intérêt croissant pour les produits transformés localement. Cette dynamique encourageante va s’adosser à la poursuite des investissements, l’accompagnement des producteurs et dle développement de la transformation locale.
L’agriculture attire de plus en plus d’investisseurs et a été érigée parmi les priorités du programme de développement Simandou 2040. « Si je devais donner un conseil à un investisseur qui souhaite se lancer dans la production agricole et dans l’agro-industrie en Guinée, je lui dirais avant tout d’être patient, persévérant et de garder sa motivation. Cela fait maintenant 25 ans que nous sommes implantés en Guinée. Nous avons connu de belles réussites, mais aussi des périodes particulièrement difficiles. C’est la réalité de l’agriculture : il faut savoir avancer malgré les obstacles. Je conseillerais de commencer à une échelle raisonnable, d’apprendre, de construire des bases solides, tout en gardant une vision ambitieuse. J’ai un ami qui me disait toujours : « il faut commencer petit, voir grand, et avancer vite”, conseil Julien Hilderman.
Depuis sa création, l’activité principale de la CFD reposait sur le conditionnement et l’exportation de mangues fraîches vers le marché européen. Toutefois, face aux difficultés logistiques et aux contraintes phytosanitaires liées à la mouche des fruits, l’entreprise a progressivement réorienté sa stratégie commerciale vers de nouveaux débouchés, notamment le marché marocain. Parallèlement, elle poursuit le développement de ses activités de transformation et intensifie la production de fruits de la passion afin de répondre à la demande du marché local.
En 2025, la CFD a produit 17 tonnes de fruits de la passion, 65 tonnes de bananes, 15 tonnes de papayes, 4,5 tonnes de mangues séchées, 4 tonnes d’ananas séchés et 6 500 litres de jus (ananas, fruits de la passion et mélanges). Au cours de la même année, elle a également exporté près de 25 tonnes de mangues fraîches à destination du Maroc.
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