Le Ghana renforce son contrôle sur sa production aurifère. Un accord conclu avec les grandes compagnies minières prévoit la vente à l’État de 30 % de leur production d’or. L’opération doit permettre au pays d’augmenter ses réserves, de soutenir sa monnaie et de développer le raffinage local.
Le gouvernement ghanéen a officialisé un accord stratégique avec la Chambre des mines du Ghana pour acquérir 30 % de l’or produit par les grandes compagnies minières présentes dans le pays.
Le protocole d’accord associe le ministère des Finances, le ministère des Terres et des Ressources naturelles, la Banque du Ghana, le Ghana Gold Board GoldBod ainsi que les entreprises minières représentées par leur organisation professionnelle. Sa mise en œuvre formelle a débuté le 13 août 2026, à l’issue de plusieurs semaines de négociations entre les différentes parties.
Dans le cadre du nouveau mécanisme, les compagnies minières devront céder 30 % de leur production sous forme de doré, c’est-à-dire de l’or brut non encore totalement raffiné.
Les achats seront réalisés localement par GoldBod et réglés en cedis ghanéens, sur la base du taux de référence de la Banque du Ghana. Une décote de 0,55 % sera appliquée afin de couvrir notamment les opérations de traitement et de raffinage.
Ce dispositif remplace l’accord mis en place en 2022, qui prévoyait la livraison de 20 % de la production annuelle des grandes sociétés aurifères à la Banque centrale. Il élargit ainsi la part de la production nationale directement mobilisée au profit des réserves du pays.
L’accord s’inscrit dans le Ghana Accelerated National Reserve Accumulation Programme, un mécanisme destiné à accélérer la constitution des réserves nationales.
Le gouvernement ambitionne de porter les réserves d’or du pays à 157 tonnes d’ici 2028. Ce volume devrait représenter l’équivalent de quinze mois de couverture des importations, contre 19,2 tonnes d’or détenues par la Banque centrale en février 2026.
L’augmentation des réserves doit permettre au Ghana de mieux résister aux chocs extérieurs, d’améliorer sa capacité à mobiliser des devises et de réduire sa dépendance à certains actifs étrangers. Elle pourrait également contribuer à soutenir le cedi et à renforcer la stabilité macroéconomique du pays.
Cette stratégie intervient dans un contexte où plusieurs banques centrales renforcent leurs avoirs en or, considéré comme une valeur de réserve face aux incertitudes économiques et à la volatilité des monnaies.
Au-delà de la constitution des réserves, Accra veut utiliser cet accord pour accélérer la transformation locale de l’or.
Le doré acquis auprès des compagnies minières sera d’abord traité et raffiné au Ghana. Il sera ensuite envoyé vers une raffinerie accréditée par la London Bullion Market Association pour les dernières opérations de fonte et de marquage, avant d’intégrer les réserves de la Banque du Ghana.
Le gouvernement vise l’accréditation LBMA d’au moins une raffinerie ghanéenne d’ici 2030. Cette certification permettrait au pays de commercialiser directement de l’or répondant aux standards internationaux, tout en conservant une part plus importante de la valeur créée par son industrie aurifère.
La Chambre des mines souhaite que le mécanisme évolue progressivement vers un système incitatif encourageant les entreprises à raffiner davantage leur production dans le pays. À terme, le Ghana ambitionne de s’imposer comme un pôle régional de raffinage en Afrique de l’Ouest.
Premier producteur africain d’or, le Ghana cherche désormais à dépasser son rôle de simple fournisseur de matière première. Le pays veut utiliser sa production pour consolider ses réserves, soutenir son économie et développer une industrie locale de transformation.
La création de GoldBod participe à cette politique. L’organisme public dispose de compétences exclusives en matière d’achat, de vente, de pesage, d’évaluation et d’exportation de l’or et des autres métaux précieux.
La réussite du nouveau mécanisme dépendra toutefois de la capacité de l’État à financer régulièrement les acquisitions, à respecter les conditions convenues avec les compagnies minières et à développer des capacités locales de raffinage répondant aux normes internationales.
Avec cet accord portant sur 30 % de la production industrielle, le Ghana fait ainsi de son or un outil de souveraineté monétaire, de transformation locale et de création de valeur.










