Guinée : une carte numérique pour identifier les agriculteurs et mieux cibler l’appui agricole

La Guinée a présenté, le 16 septembre 2026, les premiers résultats du Programme national de services de données agricoles, mis en œuvre par PULA avec le ministère de l’Agriculture et ses partenaires. Une carte numérique destinée aux producteurs a également été dévoilée.

Sur le terrain, environ 300 agents, appuyés par 15 superviseurs et un gestionnaire des opérations, ont enregistré 20 463 producteurs et cartographié 23 507 exploitations agricoles en deux semaines. La carte remise aux producteurs comporte un QR code et une puce permettant de vérifier leurs informations.

Pour Thomas Njeru, cofondateur et directeur général de PULA, « cette initiative positionne la Guinée comme pionnière dans la sous-région en matière de digitalisation et d’identification numérique des producteurs ».

Il voit dans la carte un moyen de rendre les agriculteurs plus visibles auprès des institutions et des acteurs économiques : « Il faut reconnaître que la carte que nous remettons aujourd’hui symboliquement aux producteurs dépasse le simple fait d’avoir une carte d’agriculteur. Elle représente quelque chose de beaucoup plus grand : le fait, pour le producteur, d’être désormais visible et de disposer d’une identité numérique. Les producteurs venus de Kouroussa, de Pita et d’autres localités disposent aujourd’hui d’une carte numérique qui leur permet d’être reconnus par le gouvernement, ses partenaires et les différents acteurs du secteur agricole. Cette carte ouvre également la voie à l’accès au financement agricole, aux crédits et à des marchés auxquels ils n’avaient pas nécessairement accès auparavant », a expliqué Thomas Njeru.

Le ministre de l’Agriculture, Félix Lamah, estime que l’identification des producteurs aidera l’État à adapter ses appuis aux réalités de chaque exploitation.

« Ce travail réalisé dans le cadre de cette phase pilote dans trois de nos régions, mérite d’être salué pour son sérieux. Pour moi, ce projet évoque d’abord la reconnaissance de nos producteurs, de nos paysans et du métier d’agriculteur. Depuis trop longtemps, notre agriculture et, plus globalement, le monde rural connaissent de nombreuses faiblesses, notamment la non-identification réelle des acteurs. 2/3 de notre population vivent en milieu rural et 80 % de ces ménages dépendent de l’agriculture. Mais les connaissons-nous véritablement ? Pour apporter une meilleure réponse aux besoins des agriculteurs et mettre en place des politiques publiques ciblées, il faut d’abord les connaître et les identifier. Cette plateforme vient donc corriger cette faiblesse », a indiqué le ministre.

Selon lui, l’État mobilise chaque année des intrants et des équipements sans toujours connaître précisément les producteurs concernés. Le ministre annonce une extension de l’opération dans le cadre du PEDAG 2 : « Pour le PEDAG 2, qui va démarrer très bientôt, nous allons poursuivre cette identification des producteurs, des agriculteurs et des éleveurs, avec l’objectif d’atteindre 2 millions d’acteurs sur l’ensemble du territoire. Avec un nombre plus important d’agents enrôleurs, nous pourrons finaliser cette opération dans un délai beaucoup plus court », a dit Félix Lamah.

Avec cette identification, ajoute-t-il, « nous quittons progressivement une agriculture faite à tâtons pour aller vers une agriculture plus ciblée et moderne, appuyée par des outils numériques ».

Ibrahima Traoré, agriculteur bénéficiaire de la carte, espère que l’identification se traduira aussi par un accès plus facile aux produits nécessaires à son activité : « Je suis très content, non seulement de faire partie des personnes qui ont eu la chance d’avoir cette carte, mais aussi de rencontrer de grandes personnalités et d’avoir d’autres idées, d’autres notions sur l’agriculture… Actuellement, ce que nous pouvons demander aux autorités et aux partenaires comme aide, c’est de nous faciliter l’obtention des intrants, précisément les herbicides, les engrais et les consommables. Ce n’est pas facile de trouver tout cela chez nous. À cause du mauvais état des routes, on n’arrive pas à obtenir les produits agricoles à temps. Si le gouvernement peut nous aider dans ce cadre-là, pour nous faciliter l’obtention des produits agricoles, des semences, des herbicides, des engrais et des consommables, ce serait vraiment important pour nous. Et j’espère que cette carte pourra faciliter les choses », a dit cet agriculteur.

La phase pilote fournit ainsi une première base de données sur les producteurs et leurs exploitations. Sa portée se mesurera désormais à la manière dont ces informations seront utilisées pour répondre aux besoins exprimés sur le terrain.

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