Entretien avec Almamy Amara Camara : comment le FOCIA 2026 veut changer de dimension

L’Afrique extrait, exporte et regarde encore trop souvent la valeur se créer ailleurs. Le 10 octobre 2026 à Conakry, le Forum pour la Croissance Inclusive en Afrique veut déplacer le centre de gravité de cette équation. 

Pour sa troisième édition, le FOCIA réunira décideurs publics, industriels, investisseurs, institutions financières et entrepreneurs autour d’un défi devenu stratégique qui est la transformation davantage de matières premières sur le continent, renforcer la place des entreprises locales et bâtir des chaînes de valeur africaines compétitives. 

Après deux éditions, plus de 800 participants issus de 27 pays et quelque 300 rencontres B2B annoncées, le Forum entre dans une nouvelle phase de son développement. Son président, Almamy Amara Camara, répond aux questions de Business360 sur les résultats déjà obtenus, les ambitions de l’édition 2026 et sa vision d’un FOCIA capable de faire passer l’Afrique du potentiel à la création de valeur.

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Business360 : Le FOCIA organise sa troisième édition le 10 octobre 2026 à Conakry. Après deux éditions ayant réuni plus de 800 participants issus de 27 pays, quel bilan concret tirez-vous du chemin parcouru ?

Almamy Amara Camara : Après deux éditions ayant réuni plus de 800 participants issus de 27 pays, le principal bilan que nous tirons est que le FOCIA a réussi à s’imposer comme une plateforme crédible de dialogue économique et de mise en relation.

Au-delà des chiffres, nous avons surtout réussi à créer un espace où les décideurs publics, les investisseurs et les entreprises peuvent se rencontrer dans un cadre structuré. Le forum a permis de connecter des écosystèmes qui, jusque-là, évoluaient souvent en silos.

Aujourd’hui, le FOCIA n’est plus une initiative en construction, mais un rendez-vous identifié dans l’agenda économique africain.

L’édition 2026 fait une rétrospective de plus de 300 rencontres B2B et de partenariats stratégiques conclus lors des précédentes éditions. Pouvez-vous citer quelques accords ou projets effectivement concrétisés grâce au FOCIA et présenter leurs retombées ?

Les éditions précédentes ont généré plus de 300 rencontres B2B, dont plusieurs ont abouti à des collaborations concrètes.

Nous avons notamment facilité des partenariats entre entreprises africaines et internationales dans les secteurs industriel et technologique, des mises en relation ayant permis l’implantation ou l’exploration de marchés en Afrique de l’Ouest, des collaborations institutionnelles entre structures d’appui à l’investissement.

Au-delà des accords formels, le FOCIA a surtout permis de créer de la confiance, qui est un élément clé dans la concrétisation des projets.

FOCIA 2026 est placée sous le thème du contenu local et de la transformation des matières premières. Pourquoi avoir retenu cet enjeu maintenant, et quels blocages précis le Forum souhaite-t-il contribuer à lever ?

Parce que nous sommes à un moment charnière.

L’Afrique dispose de ressources considérables, mais la création de valeur reste encore largement externalisée. Le défi aujourd’hui n’est plus seulement d’extraire, mais de transformer localement.

Le FOCIA 2026 veut contribuer à lever plusieurs blocages dont le manque de financement adapté, l’insuffisance de partenariats industriels structurants, les difficultés d’accès aux marchés pour les entreprises locales, l’absence de passerelles efficaces entre grands projets et PME.

Comment comptez-vous faire en sorte que les trois panels programmés débouchent sur des recommandations applicables, des engagements mesurables ou des partenariats, plutôt que sur de simples échanges institutionnels ?

Nous avons fait évoluer le format.

Chaque panel sera structuré autour d’objectifs précis, avec des intervenants sélectionnés pour leur capacité à agir, pas seulement à parler, des thématiques orientées solutions, une restitution formalisée avec des recommandations opérationnelles.

Surtout, nous intégrons des mécanismes de suivi, avec des engagements et des mises en relation directes après les panels.

Les PME africaines peinent encore à accéder aux marchés générés par les grands projets miniers et industriels. Quelles solutions le FOCIA 2026 proposera-t-il pour mieux les connecter aux donneurs d’ordre, aux financements et aux standards internationaux ?

Le FOCIA 2026 mettra un accent particulier sur leur intégration dans les chaînes de valeur.

Nous proposons des sessions B2B ciblées avec les donneurs d’ordre, un accès facilité à des partenaires techniques et financiers, une mise en relation avec des institutions d’appui, des échanges sur les normes et standards internationaux.

L’objectif est de passer d’une logique d’observation à une logique d’intégration réelle des PME.

L’édition 2026 présente la Guinée et le programme Simandou 2040 comme des moteurs de nouvelles chaînes de valeur. Comment le FOCIA compte-t-il attirer des investisseurs capables de transformer localement les ressources et de développer des activités durables au-delà de l’extraction ?

En apportant de la visibilité, de la structuration et de la crédibilité.

Le FOCIA met en avant la Guinée, notamment avec le programme Simandou 2040, comme un levier stratégique pour développer des chaînes de valeur.

Nous créons un cadre où les opportunités sont clairement présentées, les décideurs publics sont présents, les investisseurs peuvent identifier des partenaires fiables

C’est cette combinaison qui permet de déclencher des investissements durables.

Vous prévoyez plus de 500 participants, 15 pays représentés et 200 rencontres B2B. Quels mécanismes seront mis en place pour sélectionner les participants, identifier leurs besoins et faciliter des rencontres réellement pertinentes ?

Nous travaillons en amont sur la qualité des participants.

Un processus de sélection et de qualification permet d’identifier les profils (investisseurs, entreprises, institutions), de comprendre leurs besoins, d’organiser des rencontres ciblées et pertinentes

L’objectif n’est pas la quantité, mais l’efficacité des connexions.

À moyen terme, quelle est votre vision pour le FOCIA : devenir un grand rendez-vous annuel panafricain, une plateforme permanente de mise en relation ou un dispositif de suivi des investissements ? Et sur quels résultats souhaitez-vous être évalué après cinq éditions ?

Notre ambition est claire. Il s’agit de faire du FOCIA, une plateforme structurante à l’échelle africaine.

À terme, nous voulons un rendez-vous annuel de référence, une plateforme permanente de mise en relation, un outil de suivi des partenariats et des investissements

Après cinq éditions, nous voulons être évalués sur le nombre de partenariats concrets générés, l’impact sur les investissements, la contribution à la structuration des chaînes de valeur africaines

Le FOCIA doit être mesuré non pas seulement par son audience, mais par ses résultats.

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