Les autorités malgaches ont transféré vers la Chine une première vague de 50 ressortissants chinois condamnés pour escroquerie en ligne. Cette opération intervient dans un contexte de renforcement de la lutte contre des centres de fraude numérique implantés dans le pays.
Les détenus ont quitté la Maison centrale d’Avaradrano afin de poursuivre l’exécution de leurs peines dans leur pays d’origine. Leur transfert ne constitue donc pas une remise en liberté.
Selon les informations rapportées par plusieurs médias à partir de sources judiciaires, les condamnations prononcées vont de deux à dix ans de prison, en fonction du niveau d’implication des personnes concernées dans les réseaux.
Le ministère malgache de la Justice présente ce groupe comme la première vague de ressortissants appelés à être transférés. L’opération a été réalisée avec la collaboration d’Interpol et de l’ambassade de Chine à Madagascar, ainsi qu’avec l’appui du ministère malgache de la Sécurité publique.
Treize centres démantelés avec un appui américain
Ce transfert intervient parallèlement à une opération menée par les autorités malgaches contre des centres d’escroquerie installés sur leur territoire.
Le département américain de la Justice affirme avoir déployé pendant deux semaines à Madagascar une équipe de sa Scam Center Strike Force afin d’assister les forces locales.
Cette coopération aurait contribué au démantèlement de 13 centres d’escroquerie en ligne attribués à des réseaux criminels organisés chinois. Les équipes ont également participé au traitement de plus de 3 200 appareils électroniques saisis.
Contrairement au chiffre de plus de 500 arrestations avancé dans certaines publications, le département américain de la Justice fait état de près de 400 personnes interpellées. Les entretiens réalisés avec ces suspects ont conduit les autorités américaines à ouvrir leurs propres investigations.
L’administration américaine indique qu’une trentaine de responsables chinois présumés de ces centres ont été rapatriés vers la Chine. Ce chiffre ne doit pas être automatiquement confondu avec les 50 personnes condamnées et transférées officiellement par Madagascar.
Une industrie criminelle en déplacement
Ces centres sont soupçonnés d’avoir mené des fraudes financières, notamment à travers de faux investissements en cryptomonnaies, des relations sentimentales fictives et différentes formes de manipulation numérique.
Longtemps associés à certains pays d’Asie du Sud-Est, ces réseaux déplacent désormais une partie de leurs activités vers de nouveaux territoires. L’Afrique devient ainsi une zone d’implantation potentielle en raison de la progression de la connectivité, de la disponibilité d’infrastructures numériques et des faiblesses persistantes de certains dispositifs de surveillance.
Le fonctionnement de ces centres peut également reposer sur l’exploitation de personnes recrutées sous de fausses promesses d’emploi, puis contraintes à participer aux opérations frauduleuses. Les informations officielles disponibles ne précisent toutefois pas si des cas de travail forcé ont été formellement établis dans les centres démantelés à Madagascar.
Le dossier Xinbi Guarantee, une opération distincte
Dans la même communication, la justice américaine a annoncé des mesures contre Xinbi Guarantee, une place de marché numérique en langue chinoise utilisée sur Telegram et soupçonnée d’avoir fourni des services aux réseaux d’escroquerie.
Les autorités américaines disent avoir pris le contrôle de plusieurs canaux liés à la plateforme et bloqué plus de 52 millions de dollars en cryptomonnaies. Le Trésor américain a également sanctionné Xinbi Guarantee et deux entités associées.
Cette saisie ne doit cependant pas être présentée comme de l’argent directement découvert dans les centres démantelés à Madagascar. Il s’agit d’un volet distinct de l’offensive américaine contre les infrastructures financières et technologiques utilisées par les réseaux internationaux d’escroquerie.
Pour Madagascar, le transfert des 50 condamnés marque une nouvelle étape dans sa coopération judiciaire avec la Chine. La suite dépendra de la poursuite des enquêtes, de l’exploitation des milliers d’appareils saisis et de la capacité des autorités à empêcher la réinstallation de ces réseaux sous d’autres formes.










