MTN veut aller au-delà du mobile money en explorant les licences bancaires en Afrique

MTN prépare une possible évolution de son modèle financier en Afrique. Le premier opérateur télécom du continent étudie l’obtention de licences bancaires dans certains pays où son service Mobile Money dispose d’une clientèle importante et de volumes financiers suffisamment élevés.

L’ambition a été présentée le 25 août 2026 par Ralph Mupita, directeur général de MTN Group. Selon ses déclarations rapportées par Reuters, le groupe cherche à déterminer dans quels marchés une licence lui permettrait d’accepter des dépôts et, progressivement, de financer des prêts sur son propre bilan.

Aujourd’hui, les crédits distribués à travers l’écosystème MoMo reposent principalement sur des partenariats avec des banques et d’autres institutions financières. Ces dernières apportent généralement les capitaux, tandis que MTN fournit l’accès aux clients, le portefeuille mobile, les canaux de distribution et certaines données transactionnelles utiles à l’évaluation des demandes.

L’obtention d’une licence bancaire permettrait au groupe de remonter dans la chaîne de valeur. Au lieu de se limiter à faciliter la distribution des prêts, MTN pourrait mobiliser ses propres ressources, percevoir une part plus importante des revenus générés et maîtriser davantage la relation avec les emprunteurs.

Cette orientation s’appuie sur la croissance de MoMo. À fin juin 2026, MTN revendiquait 70,8 millions d’utilisateurs actifs mensuels, en hausse de 12,1 % sur un an.

Ce chiffre ne signifie cependant pas que les 70,8 millions d’utilisateurs pourront automatiquement emprunter auprès de MTN. Il représente l’ensemble de la clientèle active de MoMo dans les différents marchés du groupe. L’accès au crédit dépendra des pays retenus, des autorisations réglementaires, des critères d’éligibilité et de la capacité de chaque client à rembourser.

Contrairement à certaines publications, MTN n’a pas officiellement désigné le Ghana et l’Ouganda comme les deux premiers pays où il sollicitera une licence bancaire. Ces marchés occupent une place importante dans ses activités de crédit mobile, mais le groupe affirme encore évaluer les pays présentant une base d’utilisateurs suffisamment large et des montants élevés conservés dans les portefeuilles électroniques.

Cette stratégie pourrait accélérer l’accès au financement pour des millions de particuliers, commerçants et petites entreprises encore faiblement servis par les banques traditionnelles. À partir de l’historique des transactions, MTN pourrait notamment proposer des crédits de faible montant, avec des procédures entièrement numériques et des délais de traitement réduits.

Le potentiel commercial est important, mais le changement de modèle expose également le groupe à de nouveaux risques. En prêtant directement, MTN devrait supporter les défauts de remboursement, constituer des provisions, renforcer ses mécanismes de contrôle et respecter des exigences plus strictes en matière de fonds propres, de protection des dépôts et de lutte contre le blanchiment.

L’utilisation des données transactionnelles pour évaluer la solvabilité soulèvera aussi des questions relatives à la protection des données personnelles, à la transparence des algorithmes et au risque de surendettement. La simplicité d’accès au crédit ne devra pas se traduire par une multiplication de prêts coûteux ou mal adaptés aux revenus des utilisateurs.

MTN précise par ailleurs que l’obtention éventuelle de licences ne signifierait pas la fin de ses partenariats bancaires. Le groupe envisage plutôt un modèle hybride : financer directement certains prêts lorsque les conditions le permettent, tout en continuant de travailler avec les institutions financières sur d’autres produits.

Si cette stratégie obtient l’accord des régulateurs, elle marquera une nouvelle étape dans l’évolution du mobile money africain. Initialement conçu pour les transferts et les paiements, le portefeuille mobile deviendrait progressivement une porte d’entrée vers le crédit, l’épargne, l’assurance et d’autres services financiers.

Pour MTN, l’enjeu consiste désormais à transformer la puissance de distribution de MoMo en activité de crédit rentable, sans fragiliser les utilisateurs ni déstabiliser ses relations avec les banques. Le groupe n’a toutefois communiqué ni calendrier précis, ni liste définitive de pays, ni demandes de licence déjà déposées. À ce stade, il s’agit donc d’une orientation stratégique en cours d’évaluation, et non d’un basculement bancaire déjà acté.

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